Réseaux sociaux : nouveaux censeurs ?

Edition n°24 - 12 janvier 2020 - Bonnes pratiques, usages, tendances, business, outils...

▶️ FOCUS : Les réseaux sociaux, entre le marteau de la censure et l'enclume de la permissivité


Twitter est au centre de l’attention médiatique depuis le 9 janvier dernier, suite à la “suspension définitive” du compte de Donald Trump et de certains autres comptes radicaux de Qanon. Les dirigeants du réseau social ont expliqué cette décision par les risques “de nouvelles incitations à la violence” après l’assaut contre le Capitole, à Washington le 7 janvier 2021.

Pour les uns, c’est un acte de censure inédit d’un chef d’Etat, une atteinte grave à la liberté d’expression. A tout le moins, c’est une régulation de la parole publique qui n’est pas son ressort. Pour les autres, c’est une décision légitime et salutaire, même si tardive et probablement intéressée. Il faut aussi rappeler que seul le compte personnel du Président a été concerné, pas le compte officiel @POTUS.

Florence G'sell, professeur de droit à l’Université de Lorraine, apporte un véritable éclairage sur cette controverse via un long fil Twitter :

  • D’abord, les entreprises privées américaines ne sont pas soumises au Premier Amendement de la Constitution américaine. Elles ont le droit de restreindre l’accès aux contenus de leurs utilisateurs, à condition de le faire de “bonne foi”.

  • Dans le cas de Trump, certains juristes soulignent toutefois que les élus et les autorités publiques ne sont pas des utilisateurs comme les autres. Leurs comptes seraient des espaces contrôlés par le gouvernement et, à ce titre, soumis au Premier Amendement, même si l’architecture est fournie par un acteur privé.

  • Twitter a d’ailleurs mis en place des règles d’utilisation dérogatoires pour ceux qui exercent des responsabilités dont les discours sont d’”intérêt public”.

  • De manière générale, aux Etats-Unis, la culture libérale donne la primauté au “marché des idées”, même s’il est prévu d’encadrer les discours les plus répréhensibles (terrorisme, pédophilie etc.)

Quoi qu’il en soit, l’affaire repose le problème de la régulation des contenus par les plateformes elles-mêmes. Certains y sont favorables au nom de l’efficacité. D’autres invoquent le risque d’une prise de contrôle du droit par des acteurs privés qui servent d’abord leurs intérêts, et sont quelquefois bien puritains.

Derrière cette régulation se trouve donc la question du statut des plateformes, hébergeurs “neutres” ou éditeurs avec la responsabilité qui s’ensuit et la limitation de liberté qui pourrait en résulter (autocensure forte, fin des blogs anonymes etc.)
A fortiori, quand la décision est prise par un simple hébergeur comme AWS.

Un sujet sensible qui résonne à l’échelle mondiale, tant ces outils ont pris de la place dans nos sociétés. Et ce, alors que les fake news” se sont largement répandues sur les plateformes - en l’occurrence via le Président américain. Jusqu’à mettre aujourd’hui en péril la démocratie elle-même, d’où le durcissement du ton des autorités et du public.

▶️ 3 liens incontournables de la semaine


▶️ En bref, dans les médias

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